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Yasmina Aziez "ça fait mal au coeur" 18/08/2016

Elle rêvait d’or. Elle n’était venue à Rio que dans cette optique. Mais la Coréenne double championne du monde, Kim So-Hui, a mis fin à ses rêves en ½ finale. Puis la jeune Azerbaïdjanaise Abakarova, vice-championne d’Europe 2016, l’a privée d’une médaille de bronze olympique. Yasmina Aziez, pour ses 1ers JO à 25 ans, repart de Rio avec beaucoup d’amertume. Nous avons suivi la championne française tout au long de la journée. Elle nous la raconte.

Par Ludovic Mauchien à Rio

Photo de Yasmina

Yasmina Aziez

Ses larmes ont coulé à flot à sa sortie du tapis. Mais elles n’étaient pas synonymes de bonheur. Yasmina Aziez venait de laisser filer une médaille qui apparaissait à sa portée.
Après avoir dominé pour la 1ère fois la Croate Zaninovic, elle s’est inclinée au golden score face à la Coréenne Kim So-Hui en ½ finale. Pour le bronze, elle aurait dû affronter la Chinoise Wu. Mais c’est une nouvelle venue sur le circuit, l’Azerbaïdjanaise Abakarova (21 ans), tombeuse de la double championne olympique, qui lui fit barrage pour le podium.
Retour sur une journée pleine d’émotions et de frustration. Yasmina Aziez, après une année très difficile (17 défaites au 1er tour en 21 tournois), est passée très, très près du podium olympique. Hyper frustrant !

8e de finale
Opposée à la modeste Monica Pimentel (Ile d’Aruba), Yasmina démarre prudemment, comme à son habitude. Car la Lyonnaise est un diesel. Il faut attendre le 3e round pour que les choses s’activent quelque peu. C’est la Française qui ouvre les hostilités sur un coup de poing au plastron mais la Sud-Américaine égalise dans la foulée. A 32 secondes du terme, Yasmina Aziez place un Pit Tchagui salvateur pour l’emporter 2-1.
« Je suis bien réveillée. Tout est OK. Un 1er match de compétition, que ce soit les Jeux ou pas, c’est toujours très difficile. Je me mets en route comme ça. Maintenant, la machine est lancée. Je suis contente d’avoir du temps de récupération (4h30 avant son 2e combat). C’est la 1ère fois que je l’affrontais. On l’a étudié, mis des stratégies en place. Je savais ce qu’elle faisait. C’est juste la pression du 1er combat.
Je suis soulagée d’être passée. En fait, oui et non, ce n’est pas terminé. Je suis déjà passé à autre chose. Je vais récupérer : hydrique, alimentaire, un peu de course, me relâcher au maximum pour repartir. »

Quart de finale
Yasmina n’a pas hérité d’un tableau facile. Dès les ¼ de finale, elle est opposée à la Croate Lucija Zaninovic, 3e des JO 2012, des Mondiaux 2013 et des Championnats d’Europe 2016. La Française ne l’a encore jamais dominée en compétition. Elle va vaincre le signe indien à Rio, s’imposant au bout d’un incroyable suspense à l’ultime seconde ! Menée trois fois au score (0-1, 1-2, 2-3), elle est revenue à chaque fois sans s’affoler avant de piquer la banderille fatale à la Croate (4-3). Une magnifique performance ! C’est pourtant avec le visage fermé, déterminée et concentrée comme jamais, que la Française pointe en zone mixte. Elle dispose de ¾ d’heure avant sa ½ finale.
« C’est la 1ère fois que je la bats, en plus dans une compèt des plus importantes, alors ça me va. Mais cela ne me soulage pas. Je suis contente mais je veux l’or. La compèt commence maintenant… »

Demi-finale
Elles se sont croisées en juin, lors du stage de l’équipe nationale coréenne à l’Insep. Elle l’a étudiée sous toutes les coutures. Car la Coréenne Kim So-Hui, 22 ans, double championne du monde des -46 kg (2011 et 2013), est l’une des grandes favorites du tournoi olympique. Yasmina le sait. Elle doit réfréner ses ardeurs d’attaquante. Nous allons donc assister à un combat que l’on dénomme généralement « tactique ». Bref, il ne se passe pas grand-chose. Quelques timides tentatives de part et d’autre, dont ce coup de pied retourné (Mom Dolyo Tchagui) de la Coréenne bien bloqué par la Française au 2e round.
Au 3e round, le scénario se répète. Dans ce match très fermé, les attaques des deux adversaires ne sont pas assez appuyées et le golden score pointe le bout de son nez. Yasmina Aziez se montre plus entreprenante mais finit par se faire contrer par Kim So-Hui alors qu’il restait 36 secondes avant le terme.
« Mon sentiment ? la déception. J’étais à 50 secondes et 1 point d’aller chercher l’or. Maintenant… L’histoire se vit autrement. Il me reste le bronze à aller chercher. C’est une médaille. Je ne crache pas dessus. Ce combat s’est énormément joué tactiquement. C’est une fille qui est véloce. Moi, j’ai une allonge. Je ne peux pas trop m’exprimer vu qu’elle réduit beaucoup la distance. Il a fallu que je sois hyper patiente. Je l’ai été. Mais je perds de la lucidité sur les 50 dernières secondes du combat alors que j’ai très bien géré le combat. J’ai bloqué tous ses points forts.
Mais le point en or, c’est hyper aléatoire. C’est moi qui fait l’erreur. Je lui donne le point. Je fais déjà l’erreur de sortir un peu du combat, de perdre de la concentration car je regarde le tableau. Elle menait aux pénalités. J’ai perdu patience. Je voulais marquer. Je me suis jetée. Elle m’a contrée. Maintenant ? Je vais attendre… J’ai envie de faire le bilan. J’ai envie de craquer mais je ne peux pas. Il reste un combat ».

Match pour le bronze
3h30 après sa défaite en ½ finale, Yasmina Aziez est à nouveau sur le pont. Mehdi Bensafi, l’entraîneur de l’équipe de France, a dû user de tous les stratagèmes pour la remotiver car le cœur n’y est plus. « Il a fallu aller la chercher au fond du trou », raconte-t-il. « On a été la chercher au fond du trou. On se prépare contre la Chinoise (Wu, double championne olympique). On regarde aussi l’Azéri. On a deux plans de match. On était prêt mais je pense que sa démobilisation suite à sa défaite en ½ finale, a attaqué sa lucidité. Je pense que Yasmina était prête pour l’or, mais pour le bronze, c’était compliqué ».
Face à la 21e mondiale du classement olympique, Yasmina Aziez attaque pourtant prudemment son combat. C’est en voulant (maladroitement) accélérer dans le 2e round qu’elle se fait piéger par la jeune Azerbaïdjanaise qui marque par deux fois dans la même action (0-3). Bis repetita au 3e round (1-6). Les espoirs de médaille s’envolent et la Française s’incline finalement 7-2.
« Cela a été difficile de me remobiliser. Je me suis refait ma ½ finale 10 000 fois dans la tête. J’ai mis du temps à me remettre dedans. A l’échauffement, j’étais motivée mais, dans le combat, cela s’est passée autrement.
Pourtant, j’avais récupéré de ma défaite. Je me sentais bien. J’étais vraiment motivée pour aller chercher cette médaille. Peut-être qu’elle l’était plus que moi. Je me disais que c’était maintenant ou jamais pour monter sur le podium car les prochains JO, c’est dans 4 ans. Mais j’ai eu des grains de folie peut-être à des mauvais moments. J’ai manqué de lucidité.
Au 1er round, je ne me sentais pas très, très bien. Sur le 2e round, j’ai voulu user de ma force comme je le fais d’habitude et, au final, cela ne marche pas. Je n’avais jamais combattu contre elle. C’est une adversaire petite, très explosive, bonne sur le timing. Je voulais trop m’imposer. Je voulais tellement monter sur le podium que j’ai manqué de patience.
C’est difficile de trouver du positif après 4 combats et sans médaille. Mais ma vie ne s’arrête pas. Je suis triste, cela fait mal au cœur. Ce sont des années de travail, beaucoup de difficultés surmontées.
Désormais, j’ai ma ligne de mire sur Tokyo en 2020 et sur les championnats du monde en 2017. C’est ce qui me motive le plus. Malgré tout, cela faisait longtemps que je ne m’étais pas sentie comme ça. J’étais vraiment prête à ramener l’or. Je n’aime pas le bronze. J’aime l’or. Mais partir des Jeux sans médaille, cela fait mal au cœur ».


Extrait du site chroniquederio.com

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